mardi 1 décembre 2015

Entre parenthèses ( Khalid EL Morabethi )



Entre parenthèses,
Entre une table et une chaise,  
Le bon sauvage dessine à l’aide d’un bout d’allumette des personnages,
Le sage, le sauvage et la rage,
Ils ont la même couleur de peau, le même nom, le même âge,
La même marche, les mêmes discours et la même tournure dramatique des pages.
Le bon sauvage dessine des héros,
Il dessine des bébés singes et des zéros,
Il dessine une forme, une figure hypnotisée et l’inapprochable pomme,  
Une forme, un parapluie et un sourire près d’un malheureux fantôme.
Fantôme, fantôme qui pense,
Et qui cherche le bon sens,
Et qui montre le ciel du doigt,
Ensuite, il s’en va, laissant derrière la radio, sa petite voix,
Il s’en va, laissant dans son bureau, un cœur qui bat.
Entre parenthèses,
Un papillon de passage,
Insouciant et qui part à l’abordage,
Pendant que les mimes sont dans l’attente,
Et les sirènes chantent,
Pendant que le diable vert sort du vacarme,
Et la pudeur vend son âme,
Elle qui pleure sous le voile diaphane.
Entre le soleil et son sang rouge,
Il y a du vent et un poids qui bouge,
Et toujours L’idée de la fonte et les sanglots du sirocco.
L’idée de la fonte et un silence criard,
L’idée de la fonte et un chant qui vient du tartare. 
Entre les doigts d'un cannibale et ses yeux ouverts, 
Les vers qui se créent par le bruit du tonnerre 
Avale, avale tout, lentement, 
Avale tout, brusquement, 
Pour que tout aille dans la grande gorge, 
Sans peines
Pour qu'il ne reste aucune trace, aucune archive, aucun souvenir, aucune mémoire, 
Pour que tout devienne noir, 
Comme avant,  
Bien avant l'air de Mozart, 
Avant la création du misérable miroir,
Avant qu'un pommier pousse, merveilleusement, 
Et le premier péché commis, 
Malheureusement. 
Entre parenthèses, 
Entre le royaume des araignées et la poussière,
Le bon à genoux voué aux vicissitudes à sa très chère, 
Et les murs disent qu'il ne faut rien faire et vaut mieux se taire.
Entre les cris de la voisine et la porte, 
Entre le piano et toutes les voix mortes, 
Les personnes lentes et les tombes, 
Les personnes qui partagent et les mangeurs de pierres qui tombent, 
Entre toutes ces misères, 
Le bon sauvage dessine en souriant une colombe,
Ensuite, il tombe. 

Khalid EL Morabethi

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2 commentaires:

  1. Souvent, en te lisant, je ressens une atmosphère particulière, comme si je me trouvais dans un espace dépourvu de tout contact humain, détenue à l'isolement dans une prison où l'écho des mots qui cognent les murs, se répercutent en gagnant de la force au point qu'ils deviennent exaspérants.

    Ton poème est encore une fois un cri déchirant.
    Il dérange d'une manière remarquable ma conscience, qui, peut-être trop souvent, ne perçoit que les bons et les doux moments de la vie.


    Cet écrit me fait peur, comme si je faisais un cauchemar.
    Pourtant, je l'aime et je l'ai relu plusieurs fois.


    Amicalement,
    Purana

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  2. Bonjour,

    C'est un peu l'auberge espagnole où chacun de vos vers se présente en offrant ce qu'il a à offrir, mais sans se soucier des autres. La raison étant à priori mise de côté, reste dans ce style d'écriture à tabler sur la sensibilité, à en faire une sorte de mayonnaise qui prenne pour le lecteur. Or, ici, il me semble qu'elle n'est pas montée. Je reste sur ma faim. Quelques vers ont retenu mon attention, mais ils sont trop peu nombreux au regard de la longueur du texte. L'équilibre dans le genre est difficile à tenir, l’écueil principal étant de conduire à l'hermétisme. Je ne suis pas indifférent au risque que vous prenez, mais cela ne suffit pas à me convaincre.
    Je vais aller lire vos autres textes.
    Merci

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