lundi 16 novembre 2015

Nôah ( Khalid EL Morabethi )


Nôah, faut du pain,
Nôah, faut que tu fasses quelques choses,
Nôah, faut que tu oses,
Nôah, tu es une cause,
Il faut se réveiller, dire bonjour¸ sortir la poubelle et jeter les roses,
Il faut vomir,
Il faut maigrir,
Il faut expliquer, même si tu as mal à la tête,
Il faut se confier, même si tu as mal au ventre et à la tête,
Nôah, faut poser des questions et il faut réfléchir,
Comment partir ?
Comment vraiment tout dire ? 
Comment prendre une arme et tirer avec un sang froid ?
Comment avoir un sang froid ?
Comment dessiner un triangle ?
Comment dessiner un choc et le silence qui étrangle ?
Nôah je sais que ta cravate t’étrangle,
Que tes organes t’étranglent,
Que tes doigts t’étranglent, 
Et les portes et les murs,
Et les carrés, les salauds et le vent, les mémoires et les blessures, 
Les marches, les pas et les chaussures. 
Nôah, faut du pain, 
Nôah, c'est pas de ta faute, 
Faut que tu respires, 
Vise bien et tire, 
Sur ma voix et ton corps si longtemps meurtri, 
Sur ma crane et ton cœur proprement gris, 
Sur mes cordes vocales, pour que ça s'arrête, 
Tire bien, pour que ça s'arrête, 
Compte jusqu'à dix, 
Compte tes doigts, 
Compte les jours et les mois, compte combien tu as fait de choix, 
Compte les messieurs moutons dans cette vie machinale, 
Compte combien de fois le bien blesse et soigne le grand mal, 
Compte jusqu'à dix et tire, 
Il faut juste perdre beaucoup de sang, 
Il faut juste oublier le temps, 
Il faut juste mourir, pour écouter le magnifique chant, 
Nôah, faut que tu tires, il faut absolument l'écouter, 
Ce n'est pas une question de courage ni de rage, 
Ce n'est pas une question de faiblesse ni d’âge. 
Ce n'est pas une question de mettre absolument une fin,
Y aura-t-il une fin ? 
Mais bordel! Tire, 
Tire.

Khalid EL Morabethi

Tous droits réservés

1 commentaire:

  1. Bonjour,

    Je vois énormément de choses dans ce texte. C'est une écriture très riche, très intéressante, très dense, malgré l'apparent minimalisme de la forme.

    Sur le fond, le nihilisme, la désespérance sociale et/ou existentielle dominent largement, servi par un propos brut, brutal assez violent dans la forme.

    Je crois que la force de ce texte, sa violence exprimée sans véritable azimut précis, est aussi sa principale faiblesse.

    Personnellement, je vois trop de choses dans ce texte. Et grâce ou à cause de la force de l'écriture, je suis dérouté.

    Je ne comprends pas le lien avec ce "Nôah" omniprésent, anaphorique : je n'arrive pas à savoir ce qu'il représente pour l'auteur ; peut être simplement son moi profond (ou plutôt, celui du narrateur) tiraillé en son for intérieur... mais surtout je n'arrive pas à comprendre ce qu'il doit représenter, évoquer au yeux et oreilles du lecteur.

    Un texte poétique ne se lit pas comme un traité de science : ici le récepteur (lecteur) doit reconstituer par l'émotion et une perception "imagée", ce que l'émetteur (l'auteur) a voulu exprimer. Ici, je ne sais pas si "Noah" a un sens plus profond que celui d'un simple prénom... En langage poétique, je m'interroge, en tant que lecteur, je cherche des symboliques, des parallèles, des clefs, des métaphores, des paraboles, des sens cachés...

    L'écriture en l'état rend le propos ambigu. Il y a de la rage, de la violence, c'est sur. Un regard sans concession, qui semble parler des "rapports humains" (en négatifs), pour s'inscrire dans une critique assez brutale assez cru de la société moderne, du tiraillement de l'individu et peut être, de l'impossibilité pour celui-ci de vivre serein en son sein, il me semble.

    Mais après ?... Sur cette violence exprimée ?... Difficile de dire, dans ce texte précis, à qui elle s'adresse vraiment et surtout si c'est à prendre au second degré comme une "provocation stylistique" (un parallèle avec la violence armée par exemple pour faire passer l'urgence et la gravité du propos...) ou si pour l'auteur, cette violence "armée" est écrite au sens propre... Je ne sais pas.

    Ce texte devrait être retravaillé un minimum pour aider le lecteur non pas à y voir forcement plus clair (la clarté est une erreur, une hérésie en poétique !) mais à ne pas faire des erreurs d'aiguillages, à ne pas se tromper d'interprétation...

    Je ne pense pas que ce texte soit mauvais, au niveau de l'écriture, bien au contraire.

    En revanche, l'auteur doit être conscient de l'inévitable problème d'interprétation de son texte, à la lumière de la violence employée ici, qui peut être perçu à la lecture comme un parallèle, au minimum, avec d'autres violences plus contextuelle ou plus terre-à-terre.

    Ainsi, l'appréciation laissée n'est pas révélatrice de la qualité de l'écriture mais plutôt une impression de lecture qui s'inscrit dans un contexte social...

    En espérant que ce commentaire puisse aider l'auteur à percevoir comment son texte, malgré sa bonne foi, peut être perçu par un public lambda, je lui souhaite une bonne continuation.

    RépondreSupprimer