samedi 14 mars 2015

Monsieur Noir , ( Khalid EL Morabethi )


Monsieur noir,
Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un couloir,
C’est un homme,
C’est un loup,
Les contours de son visage se découpent de l’ombre,
Et enfin il entre dans la chambre,
D’un absent,
Innocent !
Un sens assis et qui colore son sang,
Un sens conscient de sa maladie,
Conscient de ce qu’il écrit,
Un message pour lui-même,
Un message pour ses poèmes,
Un message pour sa mort et l’homme qui enterre,
Un autre petit message pour les vers de terre,
Et au questionneur sans prénom ni odeur.
Au questionneur habillé en blanc et qui porte une fleur,
Sans couleur,
Sans parfum,
Sans le mot de la fin,
Sans sens.
Sans un rythme,
Sans …
Juste absence, absence.
Le visiteur noir,
Grogne,
Respire,
Il lance un petit sourire,
Et quand l’horloge indique neuf  heures et demie,
Quand l’horloge indique que le cœur de la lune a arrêté de battre,
Que c’est bientôt fini,
Quand l’horloge indique que le soldat sans numéro a arrêté de se battre,
Que c’est fini,
Noir crie
Magnifiquement crie
Et fait partie entièrement de lui,
De moi,
C’est un homme,
C’est un loup,
Une raison, une passion, une foi,
Je l’entends parler,
Je m’entends parler et répondre,
A mes questions.
Monsieur noir,
Me dit que mon refuge est mon cri.

Khalid EL Morabethi

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3 commentaires:

  1. C'est très beau, beaucoup de souffrance et de pudeur à la fois, comme un cri qu'on retient, mais qui doit fatalement sortir pour expier le mal avant qu'il ne gagne...
    Juste une petite faute d'orthographe je crois, c'est à ''Au questionneur habillé en blanc et qui porte une fleure, '' une fleur c'est sans 'e' à la fin.
    Merci en tout cas pour ce partage d'atmosphère, un texte qui m'a remuée et étonnée.

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  2. "Monsieur noir" : qui est-il ? C'est LA question que je me pose, parce que c'est la clé du texte.

    Selon moi, "Monsieur noir" est LA mort personnifiée, qui invite - attend serait plus juste - l'âme des trépassés pour les "accompagner" dans leur dernier voyage.

    Plus précisément, j'y vois le Moi obscur (le double) de celui qui passe de la vie à la mort.

    Bien entendu, je peux me tromper. Peut-être fais-je fausse route. Mais c'est la route que j'aime y voir...

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  3. Dans ce mystérieux texte je ressens un sentiment d'angoisse désespérée. S'agit-il d'une allégorie du moment de la mort ? De la mort physique ou de la mort morale, les deux ? En tout cas thème et rédaction sont originaux. J'aime assez.

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