dimanche 26 octobre 2014

Point à la ligne , ( Khalid EL Morabethi )


Point à la ligne,
À l’entrée,
Une femme parle des messages et des signes,
Elle parle de sa maladie presque délicieuse,
Qui a créé la poésie,
De son départ qui a fait souffrir ses amants,
Qui les a rendus silencieux, assis  et sans battement.
À l’entrée,
En face d’un ancien moulin,
Des rêves et des soupirs,
Des larmes qui coulent en dedans, sans prendre le risque de sortir,
Des réponses, et des remises en question,
Des souvenirs qui se rattachent aux vivants,
Qu’ils étaient autrefois.
En face, des esprits aveugles habitués par la même musique grinçante,
Errent dans une terre abondante.
À la ligne,
La foi seule, terrorisée et triste, crie famine,
Crie au secours,
A la vue de la haine nue et qui bat à mort, l’amour.
Point.
À l’entrée,
Près de la rivière,
Les femmes à côté de leurs ombres défigurées, chantent,
‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,
Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’
Point à la ligne,
Le drame,
La vie,
La sagesse, la toute vieille dame,
Que n’en finit pas de vibrer,
Que l’homme n’a jamais écouté ce qu’elle dit,
Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,
Que l’homme n’a jamais pensé où elle part,
L’homme n’a jamais pensé que le désastre sera un jour un art,
A la ligne,
Qu’est ce qui nous reste ?
A l’entrée,
Le soleil se lève à l'ouest.

Khalid EL Morabethi

Tous droits réservés

2 commentaires:

  1. Attirée par le titre, j'ai commencé à lire ce poème qui a fait naître en moi des émotions intenses, si bien traduites par l'auteur et écrites sous une forme agréable et musicale.

    Le poème n'est pas surchargé par des images, aucune lourdeur due à des mots et des vers compliqués. En même temps, le langage est loin d'être inspiré par celui de la vie quotidienne.

    Une femme qui regarde derrière elle, observe et décrit, émue par ce qu'elle voit, et face à tout cela "Des larmes qui coulent en dedans, sans prendre le risque de sortir".
    La tension augmente progressivement et atteint son apogée avec "Crie au secours". Ce vers est accentué par ces deux phrases déchirantes :
    ‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,
    Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’

    Moi qui n'aime pas les répétitions dans les poèmes, je ne suis pas du tout gênée par les trois vers commençant par "Que l’homme n’a jamais". De plus, je trouve que cela donne d'avantage de force au fond du texte.

    Merci et bravo !

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  2. Ce poème m'évoque un synopsis au cinéma, où le principal est rendu par des éclairages successifs sur les points forts d'une histoire.
    J'ai trouvé ce procédé très intéressant.
    Restant dans le domaine du cinéma, le travelling fait sur le parcours de vie de cette (ou de ces) femmes est aussi efficace.

    Cependant, c'est au niveau de l'expression qu'il me semble que ce poème doit pouvoir être retravaillé pour lui donner toute sa force.

    Ainsi : "Qui a créé la poésie" , on comprend bien que cette maladie lui a ouvert la voie de la poésie, quant à "la crée", la formule n'est pas très adroite.
    "assis et sans battement" on ne comprend pas vraiment de quel battement il peut s'agir.
    "des larmes qui coulent en dedans" pas très harmonieux.

    et ce passage :
    "Que l’homme n’a jamais écouté ce qu’elle dit,
    Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,
    Que l’homme n’a jamais pensé où elle part,"
    avec sa répétition et tous les "que" est désagréable à l'oreille.
    et enfin :
    "L’homme n’a jamais pensé que le désastre sera un jour un art," ->" serait", il me semble est plus correct.

    J'ai détaillé tout ce qui me semblait à reprendre, le fond de ce poème étant intéressant, il mérite d'être revu.

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